Parler de la mort et du deuil est un sujet délicat, mais indispensable.
Être en deuil est une situation de crise qui crée un déséquilibre et un profond désarroi.
Aujourd’hui, la société ne nous prépare (…)
Parler de la mort et du deuil est un sujet délicat, mais indispensable.
Être en deuil est une situation de crise qui crée un déséquilibre et un profond désarroi.
Aujourd’hui, la société ne nous prépare plus à affronter cette situation. Pourtant, il est nécessaire de réagir et d’effectuer le cheminement du deuil.
Le travail de deuil est différent pour chacun.
Faire son deuil, c’est transformer sa manière d’être et d’agir, évoluer et cheminer dans sa pensée. C’est une épreuve douloureuse et incontournable de séparation. Il ne s’agit pas d’oublier, le travail de deuil est, au contraire, un travail de mémoire.
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La période de désorganisation,
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Cette phase commence lorsque l’endeuillé prend conscience de la (…)
Le travail de deuil est l’expression employée pour évoquer le travail psychologique progressif d’une personne après la perte d’un être cher. Il s’agit d’un cheminement long, difficile et douloureux. Chacun franchit les différentes étapes à son rythme, en fonction de son passé, de son histoire, de ses ressources personnelles.
Après la perte d’un être aimé, le survivant est en état de choc : il est sidéré, abattu.
A l’annonce du décès, la première réaction est le refus ou le déni : la personne se dit que ce n’est pas possible, qu’il y a une erreur. Elle refuse de croire et d’accepter la disparition de la personne décédée.
La personne en deuil vit de façon automatique, sans être vraiment présente. Elle peut éprouver une grande difficulté à réfléchir ou à prendre des décisions.
Elle peut aussi sentir une certaine distance par rapport à l’entourage.
Cette phase commence lorsque l’endeuillé prend conscience de la souffrance et du vide laissés par la perte. La tristesse et le désespoir apparaissent. Après la mort du conjoint, tout semble dérisoire. La personne envisage l’avenir avec crainte : elle n’a plus goût à rien. Peu à peu, elle s’isole du monde extérieur. Ce repli sur soi peut entraîner un ralentissement des activités intellectuelles (par exemple perte de la mémoire).
La douleur morale est essentiellement liée à un sentiment d’abandon, de solitude et de manque. La personne veuve découvre que sa vie a basculé. Elle réalise qu’elle doit s’occuper seule de l’éducation des enfants et assurer l’organisation du foyer. La désorganisation de la vie relationnelle et matérielle peut amener la personne à prendre des décisions brutales qu’elle regrettera par la suite, par exemple un déménagement ou la vente de biens.
Ce qu’il faut retenir, c’est que cette phase de désorganisation est "normale". En effet, la douleur morale est l’expression et la conséquence du travail de désinvestissement qui s’opère nécessairement après la perte d’un être aimé.
Chaque souvenir, chaque image du passé sont remémorés et associés à l’idée de perte et de disparition. Ce processus s’accompagne d’un désintérêt pour le monde extérieur, d’une absence d’élan, de goût pour la vie et parfois de l’idée ou du désir de mourir (même s’ils ne sont pas exprimés verbalement).
Cette période commence lorsque la perte est acceptée, reconnue en tant que telle. C’est la période de reconstruction de soi : la personne est capable de se tourner vers l’extérieur, de créer de nouveaux liens et de retrouver goût à la vie.
Cette période n’est pas acquise une fois pour toutes, elle peut être perturbée par un anniversaire ou un événement fortuit.
Cette réorganisation ne peut se faire sans l’aide des autres. Les personnes ont besoin d’un appui, d’une bouée pour refaire surface. Or, on constate, dans la société contemporaine, une grande solitude et une difficulté à exprimer et à partager une peine.
Afin que le travail de deuil puisse s’effectuer dans les meilleures conditions, il est important que l’endeuillé puisse voir le corps de la personne décédée ; cela permet d’intégrer la réalité de la mort. Dans le cas de disparition tragique du corps, le travail de deuil sera plus long et plus difficile. L’entourage gardera souvent un espoir que la personne aimée est toujours vivante, ce qui retardera le processus de deuil.
Le milieu du travail ou la simple exécution des obligations habituelles, qu’elles soient professionnelles ou familiales, peuvent aider à maintenir un certain cadre de vie, mais, peu à peu, la solitude se fait sentir, et le besoin apparaît de s’appuyer sur les autres.
Le choc
Le suicide est un événement brutal qui provoque un choc, un traumatisme pour l’entourage. La violence du geste contient une énigme. Comment arriver à comprendre et accepter le suicide ? (…)
Le suicide est un événement brutal qui provoque un choc, un traumatisme pour l’entourage. La violence du geste contient une énigme. Comment arriver à comprendre et accepter le suicide ?
L’endeuillé peut s’identifier au défunt, ce qui est un processus normal pour chaque deuil. Si ces identifications sont trop négatives, le danger de mort est réel, notamment chez les hommes.
Avec les familles, la dimension transgénérationnelle est à prendre en compte. En effet, il existe des familles où l’on peut trouver des suicidés sur plusieurs générations. Lorsque la souffrance est trop prégnante, des secrets de famille apparaissent.
Dans les cas de suicide les complications du deuil sont fréquentes. Même si les cas de suicide s’avèrent très différents, il en est comme pour les autres deuils, c’est la relation existante au sein du couple qui sera déterminante pour le travail de deuil.
Le suicide est en lui-même un message violent.
La famille ressent un sentiment d’anéantissement, de sidération, d’incompréhension, d’impuissance, de culpabilité, d’angoisse. En ce qui concerne les enfants, ils subissent une sidération tout comme l’adulte. Ils ne posent pas véritablement de questions, c’est un événement trop inquiétant pour eux.
Suite à un suicide, la culpabilité ressentie par les survivants est un point central dans le deuil. Quand il a lieu suite à de nombreuses tentatives, le conjoint témoin de cette souffrance a généralement tout essayé pour empêcher cela mais n’a pas réussi. Il ressent un sentiment d’injustice, de colère.
Il reste une culpabilité consciente et inconsciente, une identification au suicidé, des regrets, des remords, une mauvaise image de soi. L’amour de l’entourage ne semble pas suffisant pour se rattacher à la vie.
La grande question que se pose l’endeuillé est « pourquoi ? ». Il a besoin d’explications. Parfois, l’endeuillé possède quelques éléments de compréhension très précieux. Ils lui fonderont son travail de deuil. Si le conjoint ne bénéficie pas d’éléments concrets permettant d’élucider les causes de l’acte, celui-ci va garder son mystère. Dans ce cas l’endeuillé portera le poids du manque d’explications, du manque de sens et la représentation sociale du suicide.
Après un suicide l’endeuillé refait l’histoire de son couple, cherche des détails et leur donne parfois une importance trop grande. Il ressent culpabilité et responsabilité face à l’acte du suicide. Le suicide constitue dans certains cas un soulagement pour la personne veuve et son entourage. Cette ambivalence renforce le sentiment de culpabilité.
Un suicide peut entraîner l’enquête d’un officier de police à l’issue de laquelle une autopsie peut être demandée. Celle-ci provoque souvent un traumatisme même si elle permet souvent d’apporter des précisions et des informations permettant une meilleure compréhension de l’acte.
Le deuil après suicide est un deuil traumatique. Le travail de deuil est plus long et plus intense au niveau de la souffrance que dans un deuil normal. Toutes les étapes sont amplifiées. Le débriefing après suicide est reconnu utile par les spécialistes. Ils pensent qu’il est important d’en parler mais sans acharnement. Dans ce cas, la participation de l’endeuillé à un groupe de parole prend tout son sens. Le deuil suite à un suicide peut même donner lieu à un travail thérapeutique. Il est important pour les endeuillés d’obtenir une reconnaissance sociale de leur souffrance.
Les complications du deuil sont fréquentes :
Le suicide n’est pas une mort comme les autres. Les regards extérieurs jugent et de ce fait renforcent le sentiment de culpabilité. Le suicide recouvre toujours une notion de faute. Pendant longtemps, les suicidés n’ont pas eu droit aux obsèques religieuses. Désormais, les différentes religions essayent de privilégier le soutien moral aux familles, mais le geste reste très chargé socialement.
Accompagner un enfant qui vient de perdre un parent n’est pas chose facile. D’autant que la compréhension de la mort par les enfants varie en fonction de l’âge.
Ce que l’adulte vit, l’enfant le vit (…)
Accompagner un enfant qui vient de perdre un parent n’est pas chose facile. D’autant que la compréhension de la mort par les enfants varie en fonction de l’âge.
Ce que l’adulte vit, l’enfant le vit également mais l’exprime différemment car il ne maîtrise pas bien la verbalisation de ses émotions. La suite de son développement psychologique dépendra en grande partie de la capacité du parent survivant à effectuer son propre travail de deuil.
L’enfant ne peut faire un travail de deuil complet, il ne peut que le débuter lors du décès du parent. Ce travail de deuil sera repris et achevé à l’âge adulte. On constate souvent que c’est au moment de devenir parent que l’adulte cherche à résoudre toutes les questions laissées en suspens lors de sa confrontation avec la mort pendant l’enfance.
Pour un enfant :
Le parent décédé va bien finir par revenir, parce que l’enfant en a besoin. Il va continuer à rêver d’aménagements possibles avec cette réalité inéluctable et cela jusqu’à la fin de l’adolescence.
De 0 à 3 ans
De 3 à 6 ans
De 6 à 10 ans
De 10 à 13 ans
La disparition du parent décédé engendre une seconde perte : celle du parent survivant tel qu’il le connaissait. Certains enfants n’ont jamais vu leur parent pleurer et être désespéré, et ce parent nouveau paraît tout à coup ne plus pouvoir être consolateur, joueur, conteur d’histoires et éducateur. L’enfant ne reconnaît plus non plus son entourage écrasé par le chagrin, enfermé dans sa souffrance, incapable de réagir.
Souvent, le décès va entraîner un changement de domicile, et de ce fait, l’enfant va perdre son univers familier : sa maison, son école, ses amis… C’est une perte de repères momentanée qu’il apprendra à surmonter.
Il a honte d’avoir perdu son parent, de ne pas être comme les autres. Il se comportera en fonction des attentes de son entourage. Il souhaite par-dessus tout ne pas déranger son entourage. Il ne vit pas continuellement dans le chagrin. Des moments insouciants et de profonde tristesse alternent. Il peut jouer, rire, s’amuser.
Parfois il a peu de réactions après le décès. Il semble indifférent, mais les réactions ne peuvent être que retardées. L’enfant ne s’autorisera à être malheureux qu’une fois que sa famille ira mieux. Vivant dans le présent et dans le concret, il a des difficultés à anticiper. Il a comme l’adulte, le sentiment d’être abandonné, d’être coupable, de ne pas être digne d’être aimé, ce qui correspond souvent au moment où la famille le met de côté pour vivre sa propre souffrance. Il faut faire attention aux envies de l’enfant d’aller rejoindre son parent disparu.
Il est dans la pensée magique. Il croit que ses pensées ou ses actes modifient le destin soit de manière positive en réalisant des voeux, soit de manière négative en le punissant.
Les adultes doivent expliquer aux enfants tout le rituel des funérailles et lui proposer d’y participer sans l’obliger.
Il est souhaitable que l’enfant puisse :
Il doit rester un enfant et continuer à mener une vie d’enfant. Jouer est une première tentative pour essayer de se retrouver dans tout ce qu’il vient de vivre. Il peut avoir des jeux en relation avec la mort.
Il est nécessaire de :
L’adolescence est un stade de développement conflictuel et troublé. Lorsqu’un deuil intervient dans ce processus, la famille est souvent trop fragilisée pour répondre aux besoins de l’adolescent. Il (…)
L’adolescence est un stade de développement conflictuel et troublé. Lorsqu’un deuil intervient dans ce processus, la famille est souvent trop fragilisée pour répondre aux besoins de l’adolescent. Il est pourtant important qu’il trouve un substitut parental qui l’aidera à s’identifier à un adulte, autre que le parent disparu.
Les différents types de réaction des adolescents
Pour un adolescent, se comparer à ses semblables, à ses pairs, est très important puisque sa croissance, son éveil sexuel et sa nouvelle maturité lui ont fait perdre ses repères. Dans le cas de la disparition d’un parent, l’adolescent se ressent différent des autres, exclu. Une participation à un groupe de parole peut favoriser la rencontre avec des semblables, des personnes de son âge qui sont capables de le comprendre et de ressentir les mêmes choses que lui.
L’adolescence est en elle-même un moment de deuil. En effet, l’adolescent doit faire le deuil de celui qu’il était pendant l’enfance. Il doit trouver de nouveaux repères, de nouveaux projets et assumer une nouvelle identité autonome par rapport aux parents. L’irruption du deuil réel provoque des perturbations dans le deuil symbolique. La nouvelle identité se constituait à travers la relation, même conflictuelle, avec le parent décédé.
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