Le veuvage : rompre le silence

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La mort d’un conjoint, d’un concubin ou d’un partenaire de Pacs est une expérience dévastatrice. Le décès est une rupture dont le caractère irrémédiable semble insurmontable. Il y a un avant et un après l’épreuve de la perte de l’être aimé qui modifie la relation à soi, aux autres et au monde. Le deuil augmente la vulnérabilité et change la structure sociale.

La société a changé son regard sur la mort : c’est un sujet tabou que l’on tente d’occulter. Les endeuillés ne font plus l’objet d’attentions sociales particulières et se retrouvent dans un état d’isolement et de solitude latente et pesante. Cet isolement renforce le silence que l’endeuillé s’impose. L’endeuillé doit pouvoir parler de son expérience du deuil, la confronter à celle d’autres veuves et veufs pour sortir de cet isolement. Le ressenti et le vécu doivent être exprimés et nommés. Et parce que l’entourage ne suffit pas toujours, intégrer un groupe parole, comme ceux proposés par l’association Dialogue & Solidarité, permet de rompre ce silence sur le chemin de la reconstruction. 

Un bouleversement aux multiples facettes.

Le veuvage remet en cause chacun des rouages de la vie :

  • élever des enfants qui sont devenus orphelins et qui ont plus que jamais besoin du parent survivant
  • travailler sans rien laisser paraître
  • aimer alors que tout semble ne plus avoir de sens
  • rencontrer des amis et oser leur parler de ses ressentis
  • voir sa famille car la vie continue…

Des difficultés matérielles s’ajoutent souvent à la détresse psychique. Le revenu de la famille peut considérablement baisser. Dans le cas d’une pension de réversion, par exemple, elle représentera 54 % de la retraite que percevait ou aurait pu percevoir le conjoint décédé.

Il faut tout redéfinir dans l’urgence et faire face à de nombreuses interrogations : l’absence, le manque, le passé qui s’accroche. La solitude s’installe dans la durée et peut mener à un isolement aux conséquences parfois graves

Des solutions pour sortir du silence et de l’isolement existent.

Intégrer un groupe de parole, par exemple. L’association Dialogue & Solidarité propose une écoute et un accompagnement des veuves et veufs pour rompre la spirale du silence et ses conséquences. Parler, écouter, se sentir écouté sont autant de pas vers la reconstruction de soi. L’association peut également proposer une orientation vers d’autres structures sociales, associatives, hospitalières….

L'infographie Le veuvage en France est interactive. Passez votre souris sur l'image pour consulter les contenus additionnels.

Vous pouvez également la consulter de manière textuelle en cliquant sur "Lire la transcription".

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Elle est composée d'une photographie représentant une femme seule de dos, assise sur une plage de galets, face à la mer. 

Les chiffres-clés et les textes suivants sont répartis dans l’image.

En 2013, on compte 5 millions de personnes endeuillées par la perte de leur conjoint, mari, femme ou concubin.

Parmi eux, 4 millions étaient mariés et 1 million étaient pacsés ou concubins.

80 % sont des femmes, 20 % des hommes.

Un demi-million de français sont en situation de veuvage précoce, ayant perdu leur conjoint avant 55 ans.

L'âge moyen du veuvage précoce est de 41 ans.

274 000 personnes seulement sont considérées comme veufs ou veuves selon cette définition de l'INSEE :"Le terme veuf ou veuve est attribué à toute personne dont le conjoint avec lequelle elle était mariée est décédé pendant le mariage et qui n'est pas remariée."

35 % des veufs précoces sont à la tête d'une famille monoparentale.

Principaux risques liés au veuvage :

. Appauvrissement
. Isolement
. Dépression et mortalité.

Pour prévenir ces risques, parce que le partage, le soutien des proches ne suffisent pas toujours, Dialogue & Solidarité propose écoute, soutien et accompagnement aux personnes en situation de veuvage.

Le veuvage s’assimile, le plus souvent, à l’avancée en âge. Hors de nombreuses personnes se retrouvent veuves avant l’âge de 55 ans. Le veuvage précoce est inattendu et brutal : il brise l’équilibre de vie construit à deux. Il entraine souvent des difficultés financières auxquelles s’ajoutent des problèmes affectifs et familiaux.

Les veuves et veufs doivent y faire face, sans modifier leur attitude sur leur lieu de travail et en assurant « le quotidien » avec leurs proches.

SEULS, DU JOUR AU LENDEMAIN : un film documentaire, réalisé par Didier Dematons, sur le veuvage précoce.  Ce film participe à changer notre regard sur ces femmes et ces hommes frappés par une vie qu’il faut réinventer. Ce documentaire explore leur cheminement intérieur autour de la même question : comment se reconstruire ?

vidéo

OCIRP

Interview de Didier Dematons : Auteur et réalisateur du film documentaire "Seuls, du jour au lendemain", par l'OCIRP
Extrait du film documentaire "Seuls, du jour au lendemain"

Question OCIRP :
Comment vous est venue l'idée de réaliser ce documentaire ?

Réponse de Didier Dematons :
Quand j’ai rencontré Françoise qui est témoin du film, que je ne connaissais pas mais qui était avec des amis que je connaissais et le soir d’un concert, lors de cette rencontre,  elle m’a raconté ce qu’elle vivait depuis 6 mois date à laquelle elle avait perdu son compagnon. J’ai découvert un monde que je ne connaissais pas en fait. J’ai lu ces écrits car elle écrivait beaucoup à ce moment-là, j’ai lu ces petits textes sur comment elle a appris  : le coup de sonnette, comment les flics sont venus lui apprendre la mort de son mari, les obsèques, tout un tas de choses, et c’était écrit de façon très cinématographique. Même moi je voyais des images. Et voilà c’est parti de ça. Le travail c’est de lire, j’ai lu tout ce qui a été écrit sur le veuvage, le deuil d’aller beaucoup sur des sites. Je suis une sorte de voyeur sur des sites où les gens entre eux expriment leur douleur, leur détresse. Mais moi ça m’a permis de comprendre ce qu’ils vivaient et aussi de découvrir des personnages puisque je suis allé sur un site pour découvrir Bruno qui est lui aussi dans le film et à travers ce qu’il écrivait j’étais touché aussi je trouvais qu’il avait une réflexion qu’il essayait de comprendre ce qui lui arrivait, il essayait d’aider d’autres personnes qui étaient dans la même situation. Ce qu’il a écrit, en plus il y a peu d’hommes, il y a 20 % des hommes et dans ces 20 % il y a peut-être 1 ou 2 % qui écrivent sur des forums. Donc, je l’ai contacté il a été OK. Mireille ça a été aussi par personne interposée, elle a accepté de me rencontrer et Yann c’est aussi  sur un site que je l’ai contacté.

Question OCIRP :
Comment s'est déroulé le tournage de votre documentaire ?

Réponse de Didier Dematons :
Je voulais un film qui ne soit pas pathétique, un film qui soit beau avec les personnages qui soient beaux. Donc on a travaillé à deux, avec deux appareils photos pour avoir des plans différents pour pouvoir avoir une belle image. On a pris du temps quand même avec chaque personne sans trop non plus parce qu’il faut quand même du temps avec les gens pour installer à tel endroit pour parler de telles choses et ensuite reprendre la voiture, entrer, installer de la lumière et faire une autre interview sur un autre sujet. Donc on a passé 4 jours avec chaque personne. Après je dirais que c’était un dispositif assez simple sans fioriture on avait un peu d’éclairage au cas où mais on a essayé de travailler sans justement que cela soit un trop gros barnum.

Question OCIRP :
Avez-vous rencontré des difficultés pour réaliser ce documentaire ?

Réponse de Didier Dematons :
Ça c’est fait assez facilement, mais ça été très long ensuite pour élaborer, trouver le producteur, trouver la chaine, avec une problématique un peu anxiogègne, qui faisait peur. Moi je ne voulais pas faire un film sur le pathos. J’aurais pu aller chercher des gens à la porte du cimetière et leur dire : «alors, où vous en êtes?» mais ce n’était pas mon but c’était plutôt d’aller voir ce qui faisait que l’on pouvait se relever. Les gens que j’avais vu que ce soit Françoise qui se relevait aussi  à travers la photo, à travers son écriture à travers son blog pour d’autres c’était aussi pour Bruno écrire sur un forum. Pour moi c’était aller chercher ça, des fois un peu petit truc qui fait qu’on va pouvoir aller plus loin et passer des seuils qui sont plus ou moins longs.

Question OCIRP :
Êtes-vous toujours en contact avec les protagonistes de votre documentaire ?

Réponse de Didier Dematons :
On est toujours en contact Françoise est lyonnaise, Françoise est devenue une amie disons que l’on se croise régulièrement. Je continue à être pas son confident, elle en a d’autres, mais voilà, je suis un peu une des personnes qui l’a titillé sur ce qu’elle vivait et ça continue. Bruno je l’ai eu au téléphone la semaine dernière. Mireille qui habitait à Albertville mais qui depuis a rencontré quelqu’un. Elle vit avec lui sur les bords du lac de Genève côté français et je dois aller la voir car elle a ouvert un restaurant avec lui cela fait partie des choses que j’ai envie de faire donc on ira la voir. Yann je l’ai eu au téléphone, je lui ai dit qu’il faudra que je passe le voir. Je les ai encore mais je sais que dans trois quatre ans les choses se seront un peu effilochées. Je suis presque un mercenaire, je suis juste un passeur des fois sur un sujet. Après on voit les gens on a une affinité qui reste puis il y a la distance fait que l’on se voit plus.

Question OCIRP :
Les gens pensent que votre documentaire, devrait-être plus largement diffusé. Qu'en pensez-vous?

Réponse de Didier Dematons :
C’est très simple, tous les films que j’ai fait, n’avaient pas la même utilité que celle-là mais que je ressens et que je comprends. Mais pour moi c’est presque une évidence après il y a un producteur, il y a histoire de droits etc., dans ce cadre-là il n’y en a pas puisque de toute façon la production a accepté sans problème. Pour moi, j’ai au contraire, c’est presque une évidence. Moi j’ai commencé la vidéo dans une association humanitaire pendant cinq ans J’ai fait un peu le tour du monde dans des situations de catastrophes, de guerre. Pour moi mes films, il faut que ça tourne, que ce soit vu etc. J’entends tout à fait, je dirais que j’en suis content car justement les témoignages qui sont là sont apparemment suffisamment forts pour les gens aient envie qu’on les entende encore même moi par rapport à mes témoins à mes personnages je vais pouvoir les rappeler en leur disant écoutez, vous faites toujours de l’audience vous êtes toujours écoutés les gens après, même les gens qui sont là sont assez au fait du veuvage etc., mais malgré tout, ils sont intéressés de pouvoir le faire entendre. Je dirais tant mieux si au moins par ces réseaux ça puisse se faire.

Interview réalisée par : Cédric R. pour OCIRP
Images et montage : Daniel Barbeau pour OCIRP

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